T’as quel âge ?

09.10.2006 | Richy
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Bonne question, merci de l’avoir posée. Un peu d’auto-complimentation ne fait jamais de mal. Un peu de néologisation aussi. "T’as quel âge ?". On sent d’emblée, avant même que j’ai pu expliquer pourquoi c’est le titre de mon article, que cette question ne peut être autre chose que vexante. Pourquoi ? Serais-je encore une fois atteint d’importants troubles paranoïaques qui relègueraient n’importe quel hypocondriaque au rang élogieux de petit farceur infantile ? Prêterais-je des intentions malsaines à de petits bonshommes qui font rien qu’à m’embêter avec leurs questions ? Pas forcément.

La raison est assez simple. Qu’est-ce qu’on peut, assez naïvement, imaginer comme réaction de l’interlocuteur à qui on va finalement avouer la vérité, dire son âge. D’autant plus que rien, exceptés quelques papiers, ne nous prouvent à nous la vérité. Ceux qui la détiennent en eux, ce sont a priori nos parents, et dans une moindre mesure les cigognes, les choux et les roses. Voila la scène : deux personnes, et seulement deux accessoires : un âge et de l’ignorance (de l’âge, il a le droit de savoir autre chose, mais on n’en a vraisemblablement pas grand chose à faire). Laissons-les s’agiter quelque temps ensemble, le temps de les faire converser du temps qu’il fait, du ciel bleu, du soleil jaune, des taxis de plus en plus jaunes eux aussi -on se comprend entre sarkozystes new-yorkais-, et bien entendu de l’âge du capitaine. Justement. Et c’est là que je trouve la question stupide lorsqu’on est de visu. Pas pour le contenu en lui-même. Mais pour son intérêt. Admettons que je réponde que j’ai un âge x. Deux réactions principales de mon interlocuteur sont possibles : ou bien il s’esclaffe benoîtement que "je fais plus que mon âge", en précisant bien entendu que "c’est drôle j’aurais dit moins" (si t’avais dit moins, tu m’aurais pas demandé...), soit il s’esclaffera non moins benoîtement que "je fais moins que mon âge", en précisant avec autant de finesse le caractère éminemment humoristique et cocasse de la situation, d’autant qu’il aurait dit que je faisais plus. Rien n’est moins drôle que de "ne pas faire son âge". Si, peut-être une chose : le faire. Qu’est-ce que ça veut dire, faire son âge ? Refléter un stéréotype d’un corps, d’une pensée ? Assurément, on peut constater que les ex-lofteurs ne faisaient pas leur âge, si tant est que la majorité de ces "vingtenaires" ne cacheraient pas leur stress et angoisse si on leur demandait de repasser leur brevet des collèges (BEPC, pour les âgés qui fréquentent ces pages web). Evidemment, on a pu inversement remarquer que des chanteurs ne faisaient pas leur âge, à l’instar de Jordy qui était sur scène à quatre ans, mais qui a finalement passé son brevet des collèges à dix-huit. Tout se tient. De même, on ne saurait reprocher à Sheila ou d’autres de vouloir tromper le temps en ayant recours à des doigts aussi agiles que ceux de la main droite de Jamel Debbouze. Sheila comme tous les fans de bistouris organiques et autres liposucé(e)s congénitaux (en un seul mot, sinon ça peut faire mal) ont plusieurs âges. Ca devient trop compliqué. On se contente de dire qu’ils sont vieux, mais qu’ils ne le paraissent pas. Le contraire est sans doute mieux.

Quoiqu’il en soit, quelle que soit ma réponse, la réaction d’en face n’aura d’autre choix que de plonger dans les néants de la non-pensée soi-disant humaine son misérable auteur, dont le sens critique et la curiosité aiguisés comme une cuillère ne feraient que rarement rougir n’importe quel journaliste sportif, lesquels parviennent désormais à compter jusqu’à 120 depuis que les prolongations existent au football. Jamais, jamais, je n’ai vu ou entendu quelqu’un répondre "tu fais exactement ton âge". A croire qu’on ne fait jamais son âge. Plus précisément, cette anodine question, qui ferait passer ma réflexion pour une blague dont les piliers de comptoir s’amuseraient volontiers, témoigne davantage de l’image que les gens se font de nous. Car au fond, on ne fait pas l’âge que l’abruti d’en face consent à nous donner. Et c’est donc précisément dans son doute qu’il avoue à son insu sa mauvaise perception de notre personne. Dans un sens, je ne suis donc pas si parano que ça. Mais je soigne mon hypocondrie.

"Fort bien, alors ’faut plus demander les âges ?", se demandent les plus brillants contradicteurs parcourant ces lignes, qui suivent mes conseils à la lettre et à la virgule près, et qui grâce à eux excellent dans leur pauvre vie temporaire, en tant que ce qu’ils sont. Mais bien sûr que non, on ne demande pas l’âge de quelqu’un ! Autant il est admis qu’il est fort malvenu de demander son âge à une demoiselle, et a fortiori d’une demoiselle plus âgée, bref tout ce qui ressemble de près de loin à une femme, excepté Dave, qui fêtera ses soixante-trois printemps en 2007, autant il est, paraît-il, admis de le demander à un homme. Mais qu’est-ce qui fait qu’on s’en abstient (je parle des gens civilisés, polis et courtois comme notre société sait si bien les fabriquer) en ce qui concerne les femmes, dont l’âge nous préoccupe pourtant davantage que celui de nos frères ennemis ? La bienséance ? Le respect ? Du tout ! C’est juste que l’on est capable de contourner les codes établis pour trouver ces informations ailleurs. Un ami, un parent, saura toujours répondre. Car il n’est pas malpoli de connaître l’âge d’une femme, il est malpoli de le lui demander. Nuance de taille. On s’absout plus facilement de ce genre de détails entre hommes. Pourquoi ? Est-ce la suprématie du machisme sur la libération féminine qui lui fait garder ses interdits sur l’âge ?

La conclusion de cette diatribe aussi inutile qu’un grille-pain dans une baignoire ou qu’un aspirateur sur un terrain de foot (j’ai fait les magasins de meubles dernièrement, ça se voit ?) ? Absolument aucune. Juste qu’on arrête de m’emmerder avec mon âge. Je fais plus, je fais moins, je fais ce que je veux. C’est mon âge ! Alors voila, pour le reste de mon existence, j’ai 18 ans. Il y a bien un jour où je ne les ferai plus ! Peut-être que ce jour-là, on regrettera que je n’en fasse pas moins en tout cas...

 

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